
Le droit à la prise : installer une borne en copropriété sans vote
Le droit à la prise est l'arme juridique la plus puissante dont dispose un copropriétaire ou un locataire en France pour faire installer une borne de recharge pour véhicule électrique sur sa place de parking en copropriété — et ce, sans avoir besoin de l'accord de l'assemblée générale. C'est un droit individuel, inscrit dans la loi, que le syndic ne peut pas bloquer arbitrairement.
Créé par la loi Grenelle II en 2010 et consolidé par la loi LOM (Loi d'Orientation des Mobilités) de 2019, le droit à la prise répond à un constat simple : la transition vers la mobilité électrique ne peut pas être freinée par l'inertie décisionnelle des assemblées générales de copropriété. En 2026, avec plus de 1,5 million de véhicules électriques en circulation en France et un objectif gouvernemental de 100 % de ventes de véhicules neufs zéro émission d'ici 2035, ce dispositif est devenu un levier essentiel pour les résidents de copropriétés.
1. Qu'est-ce que le droit à la prise exactement ?
Le droit à la prise est défini par l'article L241-3-1 du Code de l'énergie et précisé par le décret n° 2011-873 du 25 juillet 2011 (modifié en 2020 puis en 2024). Il permet à tout occupant d'un immeuble collectif — propriétaire ou locataire — de demander l'installation, à ses frais, d'une infrastructure de recharge individuelle sur sa place de stationnement, qu'elle soit en parking souterrain, en surface ou en box fermé.
Le principe fondamental est le suivant : le syndic ne dispose pas d'un pouvoir discrétionnaire de refus. Il peut seulement saisir le tribunal judiciaire pour s'y opposer, et uniquement pour des motifs sérieux et légitimes limitativement définis par la loi. Dans la pratique, les refus aboutissant devant le juge sont extrêmement rares.
Qui peut invoquer le droit à la prise ?
- Le copropriétaire occupant : Il adresse directement sa demande au syndic de copropriété.
- Le locataire : Il doit d'abord notifier son propriétaire-bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception. Le bailleur dispose d'un délai d'un mois pour transmettre la demande au syndic. S'il ne le fait pas, le locataire peut saisir directement le syndic.
- L'occupant de bonne foi : Toute personne disposant d'un titre d'occupation sur un lot incluant une place de stationnement (usufruit, bail commercial, bail professionnel).
2. La procédure pas à pas : de la lettre recommandée à la mise en service
Voici la chronologie exacte à respecter pour exercer votre droit à la prise en copropriété en toute conformité :
Étape 1 : Préparer votre dossier technique
Avant d'envoyer votre lettre au syndic, faites réaliser une étude technique préalable par un installateur IRVE qualifié. Cette étude doit comporter :
- Un descriptif détaillé des travaux envisagés (type de borne, puissance, cheminement des câbles)
- Un schéma d'implantation montrant le parcours du câble depuis le point de raccordement jusqu'à la place de stationnement
- Une note de dimensionnement électrique (puissance demandée, conformité NF C 15-100)
- Un devis détaillé émanant d'un installateur qualifié IRVE (qualification Qualifelec ou AFNOR)
Étape 2 : Envoyer la lettre recommandée avec AR au syndic
La demande officielle doit être adressée au syndic de copropriété par lettre recommandée avec accusé de réception. C'est une formalité légale impérative : un simple e-mail ne déclenche pas les délais légaux. Votre courrier doit mentionner :
- Votre qualité (copropriétaire, locataire) et l'identification de votre lot
- La référence légale expresse : article L241-3-1 du Code de l'énergie et décret n° 2011-873
- La description des travaux envisagés et le plan de cheminement des câbles
- Le devis de l'installateur qualifié IRVE
- La précision que les travaux et les frais de raccordement sont intégralement à votre charge
Étape 3 : Le délai légal du syndic (3 mois ou 6 mois)
À compter de la réception de la lettre recommandée, le syndic dispose d'un délai strict :
- 3 mois pour inscrire la question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale et pour notifier les copropriétaires (le syndic est tenu d'informer l'AG, mais le vote n'est pas requis pour autoriser les travaux)
- 6 mois maximum pour saisir le tribunal judiciaire s'il entend s'opposer aux travaux — c'est la seule voie de recours du syndic
- Si le syndic ne réagit pas dans le délai de 6 mois, le silence vaut acceptation tacite. Vous êtes alors libre de lancer les travaux.
Étape 4 : Réalisation des travaux
Une fois le délai écoulé (ou l'accord obtenu), vous faites intervenir votre installateur qualifié IRVE. Les travaux doivent respecter les normes techniques en vigueur, notamment la norme NF C 15-100 et le guide UTE C 15-722. L'installateur doit vous remettre un Consuel (attestation de conformité de l'installation électrique) et la borne doit être équipée d'un compteur individuel pour la facturation de votre consommation électrique.
3. Combien coûte l'installation via le droit à la prise ?
Le demandeur (copropriétaire ou locataire) prend en charge l'intégralité des coûts d'installation, de raccordement et de fonctionnement. Voici les fourchettes constatées en 2026 :
- Borne murale (wallbox) 7,4 kW à 22 kW : 600 € à 1 500 € HT (matériel seul)
- Pose et raccordement en parking souterrain : 800 € à 2 500 € HT selon la distance au tableau électrique et la complexité du cheminement
- Compteur individuel (sous-compteur MID) : 150 € à 300 € HT
- Budget total moyen : entre 1 500 € et 3 500 € TTC tout compris pour une installation individuelle standard en copropriété
Ces chiffres peuvent augmenter significativement si le parking est éloigné du TGBT ou si des travaux de génie civil (percements de dalles, passage de chemins de câbles sur de longues distances) sont nécessaires. Pour un chiffrage précis, consultez notre guide prix d'installation d'une borne de recharge.
4. Les aides financières pour réduire la facture
Bonne nouvelle : le droit à la prise en copropriété ouvre l'accès à des subventions substantielles qui peuvent diviser le coût par deux :
- Programme ADVENIR : Pour une borne individuelle en résidentiel collectif (copropriété), la prime couvre 50 % du coût HT de fourniture et d'installation, plafonnée à 960 € par point de charge (barème 2026). Condition : l'installateur doit être labellisé ADVENIR et la borne doit disposer d'un pilotage énergétique. Consultez notre guide complet sur les primes ADVENIR.
- Crédit d'impôt borne de recharge : Un crédit d'impôt de 300 € par système de charge (plafonné à 600 € pour un couple, doublé pour un second point de charge) est accessible aux contribuables français, sans condition de revenus. Il s'applique aux résidences principales et secondaires.
- TVA à taux réduit (5,5 %) : La fourniture et la pose d'une borne de recharge dans un logement de plus de 2 ans bénéficient du taux réduit de TVA à 5,5 % au lieu de 20 %. C'est un avantage fiscal considérable.
- Aides locales : De nombreuses métropoles et régions (Île-de-France via Métropole du Grand Paris, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes) proposent des primes complémentaires cumulables.
5. Les cas de refus légitimes (et comment les anticiper)
Le syndic ou l'assemblée générale ne peut pas s'opposer au droit à la prise par simple vote défavorable. La seule possibilité d'opposition passe par une saisine du tribunal judiciaire dans un délai de 6 mois, et uniquement pour l'un de ces motifs exhaustifs :
- Impossibilité technique sérieuse : Le réseau électrique de l'immeuble est physiquement incapable de supporter la charge supplémentaire (ex : copropriété avec un branchement monophasé vétuste de 36 kVA pour 50 lots). En pratique, ce motif est de plus en plus rare car la solution du raccordement individuel direct au réseau Enedis (compteur dédié) contourne cette limitation.
- Existence d'une infrastructure collective : Si la copropriété a déjà voté et déployé (ou est en cours de déploiement) une infrastructure collective de recharge couvrant l'ensemble du parking, le tribunal peut considérer que le droit à la prise individuel est satisfait par cette solution mutualisée.
- Atteinte aux droits des tiers : Si le cheminement du câble porte une atteinte disproportionnée aux parties communes (dégradation esthétique majeure d'un hall classé, par exemple) ou met en danger la sécurité de l'immeuble.
Conseil stratégique : Pour neutraliser le risque de refus, demandez à votre installateur de privilégier un raccordement au réseau public Enedis via un compteur individuel dédié plutôt qu'un branchement sur les parties communes. Cette solution élimine le motif d'insuffisance de puissance électrique collective et isole totalement la consommation du demandeur.
6. Droit à la prise vs infrastructure collective : quelle stratégie adopter ?
Le droit à la prise est une solution individuelle. Pour les copropriétés comptant plusieurs demandeurs (ou anticipant une montée en charge), une infrastructure collective IRVE peut s'avérer plus pertinente et plus économique à long terme.
- Infrastructure individuelle (droit à la prise) : Chaque copropriétaire finance et installe sa propre borne. Rapide, sans dépendance au vote. Mais si 10, 20 ou 30 résidents font de même, les câblages anarchiques multipliés dans les parkings créent des problèmes de sécurité, d'esthétique et de saturation du TGBT.
- Infrastructure collective : La copropriété vote l'installation d'un réseau de distribution électrique mutualisé (câble principal, tableau de distribution, bornes individuelles alimentées par un backbone commun). Le coût global est mutualisé, la puissance est pilotée intelligemment (délestage dynamique), et chaque résident paie sa propre consommation via un compteur individuel. Ce projet nécessite un vote en AG à la majorité simple (article 24) depuis la loi Climat et Résilience de 2021.
En tant que syndic ou conseil syndical, la meilleure stratégie est d'anticiper la demande en lançant une étude de faisabilité pour une solution collective dès qu'un premier droit à la prise est exercé. Les installateurs IRVE qualifiés proposent aujourd'hui des solutions clé en main incluant l'ingénierie financière (ADVENIR couvre jusqu'à 50 % du coût d'une infrastructure collective en copropriété, plafonnée à 8 000 € par point de charge) et la gestion administrative complète.
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